| La vie artistique
dans une Pologne occupée
Colorées,
dramatiques et intenses, les ceuvres regroupées dans l'exposition
Entre deux mondes portent l'empreinte d'une époque pendant
laquelle les artistes polonais se battent pour faire valoir une identité
nationale menacée par plus d'un siecle d'occupation étrangère.
La
Pologne cesse d'exister en tant qu'état indépendant
à la fin du XVIIIe siècle
alors
que la Russie, l'Autriche-Hongrie et la Prusse occupent successivement
son territoire. Elle ne retrouve son indépendance qu'à la
fin de la première grande guerre. Chacun des occupants impériaux
tente de faire disparaitre toute trace de sentiment national chez les Polonais.
La langue polonaise est bannie et l'enseignement de l'histoire nationale
ainsi que celui de la littérature sont supprimés. Les tentatives
de rébellions connaissent des échecs retentissants et font
l'objet de sanctions brutales.
Privée
d'un accès à un système de représentation politique
à l'étranger, c'est à
travers
l'expression de ses peintres, de ses sculpteurs et de ses écrivains
que la Pologne cherche ô promouvoir son identité nationale.
Pour une bonne partie du XIXe siècle, les artistes s'en étaient
remis aux lecons apprises dans les académies pour dépeindre
les événements marquants de leur histoire passée.
A la fin du XIXe siècle, on assiste à une mutation radicale
de cette approche, des styles nouveaux émergent et on est témoin
d'une éclosion sans précédent de la vie artistique
polonaise pendant la courte période qui va de 1890 à 1914.
Cracovie
est la principale ville dans la portion de la Pologne dominée alors
par
l'Autriche,
qui s'avère la plus libérale des forces occupantes. La relative
autonomie de la ville, qui permet de franchir plus aisément qu'ailleurs
les frontières, alliée à l'esprit d'ouverture qui
marque la vie à Cracovie ont pour effet d'attirer vers elle des
artistes et des écrivains prets à défier les puissances
d'occupation. Tous les é1éments sont réunis pour faire
de Cracovie un centre nerveux de la création artistique en Europe
de l'Est.
Vers
la fin du XlXe siècle, la ferme volonté des artistes polonais
de tourner le dos
une
expression culturelle encore marquée par le système féodal
et leur désir de faire leur entree, de plein pied, sur la scène
contemporaine internationale, les fait se toumer vers l'Europe de l'Ouest.
Ils participent aux principaux salons et aux expositions mettant en vedette
des mouvements artistiques qui sont en train de changer à tout jamais
les pratiques artistiques occidentales.
Des
artistes francais tels que Claude Monet et Augustc Renoir sont à
la tete du
mouvement
impressionniste à Paris. L'Autrichien Gustave Klimt se fait le défenseur
de l'Art Nouveau, un style caractérisé par des motifs floraux
très stylisés et qui connait une diffusion remarquable dans
le domaine du design, que ce soit sur les pièces de mobilier, en
joaillerie ou en architecture. Pendant ce temps, le mouvement symboliste,
guidé par des artistes comme Paul Gauguin et Vincent Van Gogh, attire
l'attention par son habileté à communiquer des idées
abstraites à travers des moyens purement visuels comme la couleur,
le rythme et la touche.
Les
artistes polonais s'inspirent des stratégies de rupture en vogue
en Europe de
l'Ouest
et orient leur propre mouvement artistique appelé Mloda Polska
ou Jeune
Pologne.
Les artistes de Mloda Polska rejettent la tradition académique
et se toument vers une exploration du plaisir des sens. Bien que ces artistes
se tiennent à l'écart des normes établies à
la fois sur le plan artistique et sur le plan social, cette position excentrique
ne les empèche pas de proposer un art qu'ils veulent porteur d'un
sentiment d'identité nationale et qui constitue une source d'inspiration
pour un large public.
Meme
si la Pologne n'apparait pas sur la carte et est absente de l'arène
politique
intemationale,
une conscience et une identité nationales prennent forme et s'affirment
à travers les peintures, les estampes, les textiles et antres creations
du mouvement Mloda Polska.
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